Un territoire organisé autour de la voiture
L’aménagement des zones rurales s’est historiquement construit avec l’automobile comme mode de déplacement central. Aujourd’hui, 70% des déplacements en dehors des villes s’effectuent en voiture (source : Cerema). Les distances moyennes domicile-travail y atteignent 13 km, un chiffre qui a augmenté de 50 % en vingt ans comme le note l’Insee. Pourtant, en France, la moitié des déplacements font moins de 5 km (source : BL évolutions), y compris dans les territoires ruraux, ce qui illustre le potentiel de développement d’alternatives à la voiture, comme le vélo.
Cette organisation territoriale présente plusieurs caractéristiques :
- Une autonomie réduite pour les populations sans voiture, notamment les jeunes, les personnes âgées et les ménages en situation de précarité. Un chiffre illustre cette réalité : un Français sur quatre a déjà refusé un emploi faute de transport adapté (source : Laboratoire de la mobilité inclusive).
- Une concentration des services dans les grandes villes, éloignant commerces, écoles et équipements du lieu d’habitation.
- Des infrastructures pensées pour la circulation automobile, rendant les trajets plus dangereux et inconfortables pour les piétons et cyclistes.
- Un réseau cyclable insuffisant et mal sécurisé (bandes cyclables dangereuses, absence de séparation du trafic routier, vitesse des véhicules élevée).
La marche et le vélo en milieu rural : solutions et aménagements
Les collectivités rurales explorent aujourd’hui diverses solutions pour diversifier les options de mobilité, adaptées aux spécificités de leurs territoires. Pour faciliter les modes actifs en milieu rural, plusieurs approches complémentaires peuvent être mises en œuvre.
Des infrastructures adaptées au contexte rural
En milieu rural, le manque d’aménagements dédiés constitue souvent un frein à la marche et au vélo, limitant leur usage à des pratiques de loisirs plutôt qu’à des déplacements quotidiens. Pourtant, avec des aménagements bien pensés, ces modes peuvent devenir des alternatives crédibles à la voiture pour de nombreux trajets de proximité. Plusieurs actions peuvent être mises en place pour sécuriser et encourager leur utilisation :
- Développer des plans de circulation pour favoriser la pratique de la marche et du vélo (lire ci-dessous).
- Aménager des itinéraires piétons, en élargissant les trottoirs et en instaurant des zones de rencontre limitées à 20 km/h pour assurer une cohabitation apaisée avec les autres usagers.
- Créer des pistes cyclables et voies vertes reliant villages et bourgs afin de garantir des trajets continus et sécurisés.
Des plans de circulation pour redonner de l’espace aux piétons et aux cyclistes En milieu rural, le plan de circulation est un outil simple, rapide et peu coûteux pour améliorer la sécurité et encourager les déplacements à vélo et à pied. Contrairement aux grands projets d’infrastructures qui demandent des années de planification et des investissements lourds, il repose avant tout sur une meilleure organisation du réseau routier existant. L’idée principale est de hiérarchiser les voies de circulation en fonction des usages, en redirigeant le trafic motorisé vers certains axes et en libérant de l’espace pour les piétons et les cyclistes sur d’autres. Concrètement, il s’agit d’intervenir sur des axes secondaires, des chemins ruraux ou des rues de village en y réduisant la vitesse, en limitant le trafic de transit ou en rendant certaines voies prioritaires pour les modes actifs. Cette approche, qui a fait ses preuves dans plusieurs territoires, permet de créer rapidement un réseau de déplacements plus sûrs et plus agréables, sans nécessiter de lourds aménagements. – À Chavagne en Ille-et-Vilaine, la révision du plan de circulation a permis d‘intégrer le vélo comme un mode de déplacement à part entière à l’échelle locale. Cette démarche planifiée a amélioré de façon importante les conditions de circulation des cyclistes. – À Chédigny en Indre-et-Loire, le village a repensé son plan de circulation pour modifier le trafic de transit et réallouer de l’espace aux piétons. Cette initiative s’est accompagnée d’une démarche de végétalisation (rosiers, bacs plantés) et de la suppression des trottoirs pour créer une continuité de façade à façade. Les résultats observés incluent une amélioration du cadre de vie, un renforcement de l’attractivité du village et une augmentation de sa population. Pour en savoir plus sur les plans de circulation en milieu rural, consultez la note de position de la FUB “Assurer la sécurité des cyclistes en milieu rural”. |
Des dispositifs pour faciliter l’accès au vélo
Pour lever les freins liés au coût d’acquisition, au manque d’équipements ou de pratique, les collectivités peuvent mettre en place des dispositifs afin de rendre le vélo accessible à tous et toutes et de favoriser son adoption comme mode de transport du quotidien. Parmi les leviers d’action possibles :
- Soutenir financièrement l’achat de vélos, notamment à assistance électrique, afin d’aider les habitants et habitantes à parcourir plus facilement les distances plus importantes caractéristiques des zones rurales.
- Proposer des services de location longue durée ou des prêts de vélos, permettant de tester ce mode de déplacement sans engagement ou d’inciter à développer la pratique grâce à des prix attractifs.
- Déployer des parkings vélo sécurisés à proximité des gares, écoles, entreprises et commerces.
- Développer des actions pédagogiques et de sensibilisation, comme la formation des adultes et des enfants à la pratique du vélo (notamment via le Savoir Rouler à Vélo pour les plus jeunes), ou encore l’organisation de vélobus et pédibus pour sécuriser les trajets scolaires et encourager les plus jeunes à adopter la mobilité active dès le plus jeune âge.
Un vélobus scolaire pour accompagner les enfants à l’école À Landéda en Bretagne, les opérations Vélobus permettent aux enfants de se rendre en toute sécurité avec leur vélo à l’école, grâce à l’accompagnement d’une équipe de l’Atelier vélo des Abers. Le succès des premières expérimentations a conduit à la pérennisation du dispositif, désormais programmé tous les vendredis en fonction des conditions météorologiques. |
Solutions d’intermodalité adaptées aux territoires ruraux
En milieu rural, les distances importantes et la dispersion des lieux de vie et d’activités rendent souvent impossible l’utilisation d’un seul mode de transport pour l’ensemble d’un trajet. Développer l’intermodalité permet alors de combiner efficacement différents moyens de déplacement, en assurant une continuité entre les modes actifs et les transports collectifs. Pour que cette complémentarité fonctionne, il est essentiel de mettre en place des infrastructures et des services facilitant les correspondances :
- Aménager des stationnements sécurisés pour les vélos aux abords des gares et pôles d’échange multimodaux, afin de permettre aux usagers d’y laisser leur vélo avant de poursuivre leur trajet en transport collectif.
- Intégrer le vélo aux réseaux de transports collectifs, en mettant à disposition des vélos en libre-service dans les gares rurales ou à proximité des arrêts de transport en commun.
- Faciliter l’embarquement des vélos dans les transports collectifs, en équipant les trains, cars interurbains et bus de dispositifs adaptés, comme des espaces dédiés ou des porte-vélos à l’arrière des véhicules.
Des cars équipés pour l’emport des vélos Depuis le 1er juillet 2021, les autocars neufs, utilisés pour les services réguliers de transport publics non urbains, doivent être équipés, à leur mise en service, d’un système pour transporter au minimum 5 vélos non démontés. De nombreuses régions françaises ont déjà adopté des systèmes d’emport des vélos, comme l’Auvergne-Rhône-Alpes ou la Nouvelle-Aquitaine. Certains acteurs de transport permettent également le transport des vélos en soute, sous réserve de place disponible. |
Compléter l’offre avec d’autres services de mobilité
Les infrastructures et les modes actifs ne suffisent pas toujours à répondre à tous les besoins de déplacement en milieu rural. Pour offrir des alternatives viables à la voiture individuelle, il est essentiel de diversifier les services de mobilité et d’adapter les solutions aux spécificités locales.
Le transport à la demande (TAD)
Dans les territoires peu denses, où la faible fréquentation ne permet pas de rentabiliser des lignes de bus régulières, le transport à la demande constitue une alternative souple et efficace pour garantir l’accessibilité aux services et aux emplois. Ce système permet d’adapter l’offre de transport aux besoins réels des habitants et d’assurer une couverture plus fine du territoire. Pour être véritablement inclusif et attractif, le TAD repose sur plusieurs principes :
- Une grande flexibilité et une adaptation aux besoins locaux : contrairement aux lignes fixes, le TAD s’organise en fonction des demandes des usagers, avec des itinéraires et horaires modulables selon les besoins réels du territoire.
- Une accessibilité financière facilitée : certaines collectivités mettent en place une tarification solidaire, adaptée aux jeunes, aux seniors et aux personnes en insertion, afin de garantir un accès équitable à ce service.
- Une organisation locale adaptée aux ressources disponibles : dans certaines zones, le TAD repose sur une logique d’entraide, avec des services opérés en partie par des associations ou des bénévoles, venant compléter l’offre publique.
En Bourgogne-Franche-Comté : une intermodalité train/taxi à prix préférentiel En région Bourgogne-Franche-Comté, un dispositif associe le transport ferroviaire régional (TER) et des services de taxis à la demande à prix préférentiel. Cette combinaison permet d’assurer la continuité des déplacements dans les zones rurales moins bien desservies par les transports collectifs. |
Covoiturage et autopartage : des solutions collectives
Le partage de véhicules représente une alternative intéressante à l’usage systématique de la voiture individuelle. Il permet de mutualiser les déplacements, de réduire les coûts pour les usagers et de limiter l’impact environnemental. Plusieurs dispositifs peuvent être développés pour encourager ces pratiques :
- Développer des aires de covoiturage bien situées, aux entrées des villages, à proximité des axes routiers principaux et des pôles d’activité, pour faciliter la prise en charge des passagers.
- Favoriser les plateformes locales de mise en relation, via des applications dédiées ou des solutions adaptées aux territoires ruraux, comme Rezo Pouce, qui repose sur un système d’auto-stop organisé et sécurisé.
- Encourager des dispositifs d’autopartage locaux, en mettant en place des flottes de véhicules partagés.
Dans les Hautes-Pyrénées, l’autopartage intergénérationnel La Communauté de communes du Plateau de Lannemezan dans les Hautes-Pyrénées a développé un programme d’autopartage intergénérationnel. Ce dispositif permet aux seniors du territoire de prêter leur véhicule à un jeune en échange de services (visites, déplacements, courses…). |
Repenser l’organisation du territoire pour limiter les déplacements contraints
Repenser la mobilité en territoire rural et développer des alternatives à la voiture suppose d’agir au-delà des seules infrastructures et services de transport. La manière dont les territoires sont aménagés joue un rôle clé : plus les services essentiels sont éloignés des habitants, plus la dépendance à la voiture est forte. L’enjeu est donc d’agir simultanément sur l’offre de mobilité et l’accessibilité des services, afin que chacun puisse accéder aux commerces, aux soins, à l’éducation et à l’emploi à pied, à vélo ou en transport en commun.
- Renforcer l’offre de services de proximité, en soutenant l’implantation de commerces et services locaux afin d’éviter aux habitants d’avoir à se rendre dans des pôles urbains pour leurs achats ou leurs démarches administratives.
- Développer des espaces de travail partagés, comme des tiers-lieux et espaces de télétravail, qui permettent aux actifs de limiter leurs déplacements domicile-travail et de travailler à distance dans un cadre professionnel équipé.
- Favoriser la multifonctionnalité des commerces, en transformant les épiceries, cafés ou bureaux de poste en points multi-services proposant des relais colis, des guichets administratifs ou encore des solutions de transport mutualisé.
Les tiers-lieux ruraux : une dynamique en pleine expansion Les tiers-lieux connaissent un développement significatif en milieu rural. En France, selon le dernier recensement effectué par France tiers-lieux en 2023, un tiers des 3500 tiers-lieux étaient implantés dans des zones rurales. Cette tendance s’observe également à l’échelle européenne, où différentes initiatives innovantes émergent : tiers-lieux culturels, espaces d’expérimentation agricole, fablabs, etc. Pour découvrir ces initiatives, consultez l’étude « Les tiers-lieux en Europe : Une analyse comparative » réalisée par l’Agence nationale pour la cohésion des territoires (ANCT) pour le think-tank Pour la Solidarité. |
Vers une mobilité rurale plus inclusive et durable
Repenser la mobilité dans les zones rurales n’est pas seulement une question d’infrastructure, mais aussi une démarche collective qui transforme notre rapport à nos espaces de vie.
Face aux enjeux climatiques et sociaux, le développement de services et d’incitations en faveur des mobilités actives représente une opportunité pour les territoires ruraux de réinventer leur attractivité et leur qualité de vie. Ces zones, longtemps considérées comme dépendantes de la voiture individuelle, deviennent aujourd’hui des laboratoires d’innovation où s’inventent les mobilités de demain.
Pour aller plus loin
Guides et ressources
- Le rapport “Territoires ruraux : en panne de mobilité” (Secours catholique-Caritas, PDF)
- Les fiches « Boîte à outils Mobilités en territoire peu dense » du Cerema
- Les cahiers techniques de l’Ademe sur les services vélos
- Le rapport “Territoires ruraux : en panne de mobilité” (Secours catholique-Caritas, PDF)
- ”Guide pour une mobilité quotidienne bas carbone (Shift Project, PDF)
Sites utiles
- Agir pour la Transition : https://agirpourlatransition.ademe.fr/
- Aides Territoires : https://aides-territoires.beta.gouv.fr/
- Cerema : https://www.cerema.fr/fr
- France Mobilités : https://www.francemobilites.fr/
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